Tous les jardiniers qui cultivent des pommes de terre dans leur potager craignent le doryphore. Ce petit insecte au corps tout rond et ses larves font des dégâts importants sur le feuillage et les tubercules. Mes solutions pour les éliminer.

Le doryphore, un coléoptère à l’appétit bien aiguisé

De prime abord, le doryphore (Leptinotarsa decemlineata) est plutôt mignon avec son corps bombé et sa robe rayée longitudinalement de jaune et de noir.

Long d’environ 1 cm, il est doté d’ailes qui lui permettent de parcourir des kilomètres pour trouver le meilleur spot de pommes de terre où vivre sa vie de coléoptère.

Une vie qui se résume à manger et à s’accoupler !

En effet, le doryphore passe l’hiver dans le sol, entre 25 et 50 cm de profondeur. Au printemps, dès que les températures atteignent 14 à 15 °C, il sort. Et, immédiatement, il se met à manger les jeunes feuilles de pomme de terre, tout en cherchant à s’accoupler.

Une à deux semaines plus tard, fin avril, les femelles pondent, sur les faces inférieures des feuilles, des œufs jaunes regroupés en amas.

Oeufs de doryphore déposés sur une feuille.
Oeufs de doryphore déposés sur une feuille. / © Gilles San Martin Flickr.com

C’est là que les larves éclosent et se développent. Elles arborent un corps également bombé de couleur orangé à rouge marqué de points noirs sur les côtés. Et surtout se nourrissent avant de se nymphoser, dans le sol à 5 à 20 cm de profondeur.

Une à deux semaines plus tard, de nouveaux adultes sortent de terre et s’attaquent eux aussi au feuillage des pommes de terre…

Le doryphore est donc particulièrement nuisible de par sa rapidité à se reproduire.

Dès la fin du mois d’août, certains adultes entrent en hivernation, d’autres seront disséminés. C’est d’ailleurs ainsi que le doryphore, originaire d’Amérique du Nord, a fait son entrée sur le continent européen dans les années 1920.

Doryphore à l'état de larve.
Doryphore à l’état de larve.

Le doryphore, des dégâts importants sur les pommes de terre

Le doryphore adulte et ses larves ont une prédilection pour les pommes de terre, mais ils peuvent aussi s’attaquer à d’autres solanacées comme les aubergines, et plus rarement les tomates.

Les adultes commencent par faire des trous dans les feuilles. Les larves prennent le relais et dévorent les feuilles entières, en partant du bord, et les tiges. Ensuite, les jeunes adultes vont grignoter les racines et les tubercules avant de sortir à l’air libre.

Larves et adultes dévorent  les feuilles de pomme de terre
Larves et adultes dévorent les feuilles de pomme de terre.

À terme, le feuillage peut complètement disparaître, ce qui a des conséquences irrémédiables sur la formation des tubercules. Un plant faible aura un rendement moindre et la récolte des tubercules sera considérablement réduite.

Lors des étés chauds, le doryphore pullule littéralement.

Les solutions naturelles pour lutter contre les doryphores

Repérer les doryphores est relativement facile. D’abord, parce qu’avec leur corps coloré, ils ne passent guère inaperçus. Ensuite, les dégâts sur les plants de pommes de terre sont tout aussi visibles que ceux qui les provoquent.

Reconnaître une invasion de doryphores s’avère simple.

Il est donc aisé d’agir rapidement pour limiter le développement du doryphore, et surtout l’impact de sa présence sur votre parcelle de pommes de terre.

Différents moyens de lutte biologique existent :

  • Le ramassage à la main des coléoptères est certes chronophage mais reste très efficace pour éliminer les adultes et les larves. N’oubliez pas aussi de vérifier l’envers des feuilles pour repérer les œufs.
  • Les pulvérisations de purins d’ortie, de consoude ou de tanaisie ont des effets répulsifs indéniables sur les doryphores. Tout comme les décoction de feuilles de menthe.
  • La pulvérisation de bouillie bordelaise, produit à base de sulfate de cuivre, autorisé en agriculture biologique, s’avère aussi efficace. À faire plutôt en soirée pour éviter d’éliminer les insectes auxiliaires qui butinent.
  • L’utilisation des nématodes est aussi une solution contre les doryphores. Ces vers microscopiques pénètrent dans le corps des larves qu’ils parasitent pour se multiplier. La larve finit par mourir et les nématodes cherchent d’autres proies à investir. Ces vers minuscules vivent naturellement dans le sol, mais pas en nombre suffisant.
    Donc des pulvérisations permettent de lutter efficacement contre les doryphores. Il suffit de les diluer dans une eau à température ambiante avant de pulvériser, un jour nuageux sur un sol humide, de manière curative. Les pulvérisations se pratiquent entre les mois de mai à juillet.
  • Le traitement homéopathique à base des granules Doryphora Decemlineata. On peut le trouver en jardinerie ou en pharmacie.
Traitement pour lutter contre les doryphores
Traitement pour lutter contre les doryphores.

De l’importance de la prévention

La lutte contre les nuisibles du potager passe souvent par la prévention. Tout simplement car prévenir vaut mieux que guérir…

Et, en la matière, certaines actions ou attitudes peuvent s’avérer payantes.

  • La fertilisation en amont du sol où seront cultivées les pommes de terre doit se faire avec un compost ou un fumier bien décomposé.
  • La rotation des cultures est primordiale pour les pommes de terre. Donc, il est recommandé de ne jamais cultiver les pommes de terre sur la même parcelle plusieurs années de suite.

    En effet, en changeant de place les tubercules, la présence des doryphores serait limitée. Il est surtout primordial, lors de la récolte, de supprimer avec soin les tiges et les restes de pomme de terre qui risquent de faire des repousses. Les adultes en hivernation dans le sol n’auraient plus qu’à se servir !

  • L’accueil favorisé des prédateurs naturels des doryphores est aussi un moyen utile de lutter contre leur prolifération. Et les prédateurs sont nombreux. Les oiseaux comme les merles, les petits mammifères comme la musaraigne ou le hérisson, les petits reptiles comme le lézard, les insectes comme la sauterelle verte ou le carabe… sont autant d’ennemis des larves de doryphores qui en feront un festin.

    Donc, multipliez les tas de pierres ou de branchages, ou encore les espaces enherbées ou fleuris, pour attirer ces auxiliaires infatigables. Et, si vous avez des poules, n’hésitez pas à les lâcher dans le potager en hiver. En grattant, elles peuvent faire remonter ces coléoptères indésirables que sont les doryphores, mais aussi les larves de taupins ou les larves de hanneton.

  • La plantation de plantes répulsives peut aussi donner de bons résultats. Certaines plantes comme l’ail, la ciboulette, le basilic, l’aneth, le raifort ou le ricin sont reconnues pour leurs arômes qui gênent les ravageurs.

    Vous pouvez aussi essayer les œillets d’Inde, la sarriette et le lin bleu qui détournent les doryphores tout en apportant une touche esthétique à votre parcelle de pommes de terre.